Le cortège de voitures s’arrêta, se gara près de l’appareil, et les vivants entreprirent de décharger les Morts, un par un, puis de porter les Morts dans leurs cercueils, un par un, leurs vingt et un cercueils recouverts d’un drapeau, à bord de l’avion, dans la soute. Mais l’avion ne bougea pas, il ne décolla pas, il resta là, à attendre, à attendre avec les Morts qui voulaient rentrer chez eux, juste rentrer chez eux. Les hommes de la police municipale de Munich, en uniforme bleu et gants blancs, formèrent une haie d’honneur sur le tarmac. Ensuite, en une longue file solennelle, les délégués du gouvernement, les fonctionnaires municipaux, les représentants des clubs de football ouest-allemands et le consul britannique avancèrent lentement au milieu de la haie d’honneur jusqu’au pied de la passerelle drapée de noir, apportant cinquante-huit couronnes d’œillets rouges et de tulipes blanches. Là, ils donnèrent les couronnes, l’une après l’autre, et, l’une après l’autre, les couronnes furent emportées en haut des marches et placées avec les Morts. Un court office fut ensuite célébré pour les Morts, les Morts sur le départ. Puis les cent soixante membres de la haie d’honneur en uniforme bleu levèrent leurs mains gantées de blanc pour saluer, et tous les civils présents se mirent au garde-à-vous tandis que le Viscount 800 de la British European Airways roulait vers la piste. Et enfin, dans l’après-midi, car c’était l’après-midi à présent, presque l’heure de l’accident, le Viscount 800 de la British European Airways décolla de l’aéroport de Munich, l’endroit même où avait s’était produit la catastrophe, et il s’éleva, grimpa, s’envola en vrombissant par-dessus l’épave de l’Elizabethan, emportant les Morts, les Morts dans leurs vingt et un cercueils recouverts d’un drapeau, les ramenant enfin, enfin chez eux."
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